Lettre à la moi de 17 ans

Note: cet article a été inspiré par la sortie du livre Lettres à l’ado que j’ai été, sorti le 14 mars, coordonné par Jack Parker et rassemblant de fines plumes du monde du spectacle et de l’Internet. Pas lu encore, un jour peut-être!

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Coucou toi ! Alors, est-ce que ça va comme tu veux ? Je devrais peut-être d’abord te demander quel âge ça te fait là maintenant, histoire de savoir à peu près où tu en es en ce moment. 17 ans ? Mais dis donc, c’est que ça pousse, incroyable, tu es presque une adulte maintenant! Tu te rends compte que bientôt tu vas pouvoir voter ? Bon ok, je ne remue pas le couteau dans la plaie, ça n’est pas très sympa. Tu vas avoir 18 ans en juillet et l’élection présidentielle va avoir lieu en mai. Tu vas donc rater à quelques mois près l’occasion de donner ton avis sur la première élection à laquelle tu t’intéresses et dont tu comprends à peu près les enjeux, c’est râlant mais enfin c’est comme ça, tu vas avoir l’occasion de te rattraper, ne t’en fait pas !

Je sais, ça n’aide pas trop à faire passer la frustration mais là pour le moment je ne peux pas trop faire mieux que ça. Là en revanche où je peux faire mieux, c’est en arrêtant de m’extasier sur le fait que tu es presque une adulte parce que je sais, oh oui je sais, à quel point c’est compliqué pour toi en ce moment. Cette assertion, tu l’entends sans arrêt, tous les jours, sous toutes les formes et venant de personnes différentes chaque fois et cela te terrifie désormais autant que cela t’ennuie. Que moi, du haut de mes 28 ans, je vienne m’ajouter à cette liste, ça ne va certainement pas t’aider et pourtant, je suis là un peu pour ça, tu vas voir.

Déjà en juin tu vas passer le bac. LE BAC, ce Graal avec lequel on te rabat les oreilles depuis que tu as 11 ans et qui va marquer la fin de tes années lycée, cette cérémonie de passage à la vie d’adulte supposément à la fois inratable et essentielle. Vraiment, en vrai, ça ne vaut pas la peine d’en faire ce fromage. Tu vas l’avoir, ne t’en fais pas pour ça. Continue de faire ce que tu fais déjà, apprendre, apprendre par coeur, recracher, ne pas poser de questions. C’est tout ce qu’ils te demanderont. Tu es bonne élève, tu as une bonne mémoire, c’est vraiment tout ce dont tu auras besoin.

Je ne vais pas te dire les sujets sur lesquels tu tomberas par contre, ça ne serait pas très juste pour tes copains. Mais surtout parce que, étonnamment, je ne m’en souviens plus. C’est dire à quel point ça a conditionné ma vie post bac, comme tu peux le voir. Mais je sais que c’est vraiment très important pour toi là tout de suite alors je le redis une dernière fois : vraiment, ne t’en fais pas, potasse et tu vas l’avoir.

Changeons de sujet, veux-tu ? Car il y a quelque chose de bien plus important que le bac qui se joue en ce moment et qui te terrifie totalement : ce que tu vas bien pouvoir faire de ta vie passé le mois d’août. Un sujet qui semble passionner tout le monde en ce moment d’ailleurs. Qu’est-ce qui t’intéresse ? Tu as raison en sentant que la plupart des gens ne veulent pas vraiment savoir ce qui t’intéresse toi, au fond, c’est une façon de te demander dans quelle université tu vas aller et pour y étudier quoi. Ne leur en veux pas, ça ne part pas d’un mauvais sentiment, c’est juste que ça aide à planifier, à s’assurer que tu auras une place dans le monde, ça les rassure. En plus la plupart ont été à ta place jadis même s’ils ne s’en rappellent sans doute pas.

Le seul souci, c’est que tu ne fais pas partie de ces ravis de la crèche qui ont prétendument décidé de ce qu’ils voulaient faire depuis le berceau et n’ont jamais changé d’avis depuis. Toi tu n’as pas le plus petit début de putain d’idée de ce que tu veux faire dans la vie. Mais tu sais ce que tu aimes faire par contre et crois moi c’est déjà beaucoup. Tu aimes écrire. Et tu écris énormément, ce qui est absolument fantastique. Sais-tu que certaines choses que tu as écrit ces derniers mois, je les relis toujours avec autant de plaisir et même, oserais-je le dire?, d’admiration maintenant, plus de 10 ans après? Continue encore un peu, s’il te plaît, maintenant que tu es dans le bon état d’esprit parce que, crois-moi, il n’y a rien de plus volatile que l’inspiration.

Bientôt tu vas rentrer à la fac et progressivement tu vas t’arrêter. Ne fais pas cette tête, c’est normal et c’est pour le mieux aussi, car tu vas avoir tellement d’autres choses à faire! Tu vas voir qu’il va t’arriver tellement de choses que tu ne penseras même plus à écrire, ton cerveau n’aura même pas le temps de tout digérer. Je sais que ce qui te pousse tellement à écrire en ce moment est principalement l’ennui, soyons honnêtes, ainsi qu’une envie dévorante d’expérimenter à ton tour et que tu vis par procuration à travers les personnages que tu crées. Ils viennent et vivent dans des pays lointains parce que tu n’en peux plus d’attendre de partir et voyager toi aussi. Ils vivent des histoires d’amour dramatiques et mouvementées parce que tu désespères d’en vivre toi aussi. Ils sont des voyageurs, des amoureux transis, des réfugiés, ils se battent pour ce en quoi ils croient et savent apprendre de leurs erreurs. Et bientôt crois-moi, tu vas les rencontrer en vrai, encore plus incroyables que tu ne peux l’imaginer parce qu’ils auront quelque chose en plus, ils seront réels. Tu vas voyager comme eux, tu vas tomber amoureuse comme eux et tu seras aussi aimée qu’eux (enfin… pas tout à fait comme eux, rassure-toi. Et ce n’est pas un mal. Tu sais, pour une gamine de 17 ans, tu écris des histoires sacrément torturées!)

C’est bien joli tout ça mais ça ne t’arrange pas vraiment parce que tu n’es pas très sûre de comment en faire une “vraie carrière”. Je ne vais pas te dire maintenant où tu vas aller à la fac et ce que tu vas y faire, ça gâcherait un peu le fun. Sache juste que tu vas apprendre tellement de choses, sur et hors de ses bancs et que cela t’amènera dans des directions ma foi plutôt improbables. Mais cette question va continuer de t’accompagner. Tu sais bien, Cette Question à laquelle on veut te forcer à répondre absolument, ce “qu’est-ce que tu veux faire de ta vie?”, comme si à 17 ans tu en avais ne serait-ce que la moindre idée… n’est-elle pas au final ennuyeuse et terrifiante pour du beurre? Je vais te dire une chose : à 28 ans je n’en ai toujours aucune idée.

J’espère que ça t’aidera un peu à dédramatiser, désolée par avance si ça ne fait que te paniquer davantage. Si c’est le cas, autant t’y habituer tout de suite parce que cette angoisse ainsi que sa soeur supérieure la peur ne vont pas te quitter de si tôt. Il se pourrait même bien qu’elles te suivent jusqu’à la fin de ta vie alors la seule chose que tu peux faire, c’est de déjà commencer à t’entraîner à ne pas les laisser prendre trop de place. Pour employer une métaphore routière, habitue-toi à les avoir toujours en train de se houspiller sur la banquette arrière, tu peux de temps à autres écouter ce qu’elles ont à te dire mais jamais, jamais, ne les laisse conduire.

(Oui un jour tu sauras conduire aussi. J’y crois très fort.)

Je sais que tu as la trouille mais tu es aussi impatiente. De quoi, aucune idée, exactement comme moi en ce moment. Mais je peux te dire que tu es suffisamment positive et forte pour apprécier le chemin. Et le chemin, crois-moi, a été plus qu’appréciable jusqu’à maintenant. Si tu savais comme je suis fière de tout ce que tu t’apprêtes à faire! Parfois, lorsque je me surprends à ressasser de sombres pensées, il m’arrive de me laisser aller à des questionnements bateau, du style “et si j’avais fait ça à ce moment-là, ou pas choisi cette voie…? Peut-être aurais-je cela maintenant…?” et ça n’a absolument aucun sens de se poser ce genre de questions. Comme on dit, avec des si, on met un cachalot dans une boîte d’allumettes mais quelqu’un a-t-il pensé à ce cachalot, si lui aurait envie d’aller dans cette boîte d’allumettes, s’il s’y trouverait à son aise ?

Et je sais que je ne peux pas savoir. Personne ne le peut et finalement c’est bien comme ça. C’est important que tu t’en rendes compte car, même si je t’écris à présent depuis le futur, tu ne dois pas commencer à penser au genre de vie que tu te verrais avoir à mon âge, ou à n’importe quel âge d’ailleurs. Tu risquerais de te priver de ce que tu veux vivre maintenant, de tous ces beaux moments qui ne peuvent avoir lieu que si tu ne penses pas trop au futur.

Je veux ce que je veux maintenant grâce à tout ce que j’ai vécu avant, tout ce que tu t’apprêtes à vivre. Tiens, par exemple, il y a deux ans, j’avais une idée totalement différente de ce que je voulais être et vivre et bien sûr, je pensais que je n’en démordrais jamais. Et bien, tu vas rire, j’ai totalement changé d’avis et j’en suis ravie, de surcroît ! Même si certaines décisions que tu vas devoir prendre vont conditionner fortement ton futur, tu ne sauras pas lesquelles seront importantes avant de les avoir prises, tout au plus pourras-tu avoir quelques indices mais le mieux reste encore d’essayer de le prendre un peu à la légère, autant que possible!

Parce qu’à la fin, tout ira bien pour toi et tu n’imagines même pas tout ce que tu vas vivre dans le futur ! Je peux juste te dire que tu vas recommencer à écrire, quand le moment sera venu.

Je vois maintenant à quel point l’école et la société en général te collent la pression sur tout un tas de choses et je tiens à te rassurer un peu. Tes angoisses ne viennent pas d’une défaillance personnelle mais bien de toutes les attentes et injonctions contradictoires que toi et tes pairs entendent et ressentent depuis toujours, comme tout le monde. Tu vas apprendre à t’en distancier, ça aussi c’est le travail de toute une vie, moi-même je commence à peine à voir le chemin qui me reste à parcourir.

Tu sais, je suis dans une grande période de doute en ce moment, c’est sans doute pour ça que j’ai ressenti le besoin de t’écrire. Car en fait, ce que j’aimerais vraiment, c’est que notre moi de 39 ans m’écrive aussi une lettre, une lettre où elle me dirait que j’en suis sortie, qu’elle est fière et heureuse de tout ce que je vais accomplir pour faire d’elle qui elle est, peu importe la vie qu’elle mène tant que cela la satisfait.

J’aimerais vraiment pouvoir lire sa lettre mais comme je ne peux pas, le mieux que je puisse encore faire est de t’écrire ceci :

Ça va aller, au final. Maintenant, fonces!
PS : ça te surprend peut-être que je n’ai quasiment pas dit un mot sur les garçons et le sexe, alors que je devrais pourtant savoir que c’est ce qui t’obnubile le plus en ce moment. Je vais donc me fendre d’un petit mot sur ce point précis : oui, tu vas perdre ta virginité un jour et des garçons vont t’aimer. Maintenant que tu le sais, essaye de te détendre un peu, d’accord? Et en parallèle, d’essayer de te concentrer moins sur ce que tu penses qu’ils veulent ou aiment, au profit de ce que tu veux et aime chez eux, toi. Ça te causera moins de problèmes et de chagrins. Mais tu y viendras à un moment de toute façon, c’est juste une idée comme ça!

 

Une réflexion au sujet de « Lettre à la moi de 17 ans »

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