« Toi jamais », Sylvie Vartan – 8 femmes

Alerte ! Cet article spoile pas mal 8 femmes, mais pas le dénouement car je ne suis pas un monstre.

Ceci est le sixième article d’une série concept nommée 31 chansons : plus d’explications ici !

Et les autres articles ici !

Pour ce sixième article de 31 chansons, après n’avoir écrit que sur des chansons en anglais et (presque) que sur des films ou séries aussi dans la langue de Shakespeare, je fais dans le cocorico au carré : une chanson de Sylvie Vartan chantée par Catherine Deneuve dans un film de François Ozon.

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Et deuxième chanson chantée par une femme sur 6 (la première étant de Sia), on va se rattraper pour essayer d’arriver à un ratio paritaire !

Donc pourquoi 8 femmes? Parce que je l’ai revu l’autre soir après un moment de désoeuvrement à fouiller les entrailles trop délaissées de mon disque dur externe à la recherche d’un film à regarder. Parce que je me suis alors rappelée à quel point j’aimais ce film que j’avais vu jeune ado, sous doute amenée par ma mère par le casting alléchée. Car Dieu sait qu’il est alléchant : juste toutes les plus grandes actrices françaises de ces dernières décennies réunies, de toutes les générations depuis Danielle Darrieux jusqu’à Ludivine Sagnier en passant par Fanny Ardant, Firmine Richard, Catherine Deneuve, Isabelle Huppert, Virginie Ledoyen et Emmanuelle Béart, je comprends que ça fasse saliver.

(Et un type qu’on voit en tout 30 secondes de dos, dont vous comprendrez qu’on ait pas spécialement retenu la performance ni le nom de l’acteur – d’autant qu’il clamse dès le début)

Dans le film, caractérisé par son unité de lieu comme au théâtre (d’ailleurs et comme c’est l’adaptation d’une pièce, on a droit à des chansons et tout le monde salue main dans la main à la fin avant un tombé de rideau), 8 femmes reliées entre elles par des liens familiaux ou professionnels se retrouvent bloquées par la neige dans une vieille demeure isolée. C’est alors que Marcel, l’unique homme de la maison, mari, père, beau-frère, beau-fils, frère, patron ou amant suivant lesquelles de ces femmes, est retrouvé assassiné dans son lit, un couteau planté dans le dos. Personne n’a pu rentrer ou sortir de la maison, le meurtrier ou plutôt la meurtrière se trouve donc forcément parmi elles.

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Commence alors une enquête à la Agatha Christie qui, avec le prétexte de découvrir l’assassin, va progressivement révéler les secrets les plus noirs de chacune. Le film enchaîne révélation sur révélation, tirant de chaque placard quantité de squelettes bien moisis. Il développe en creux la dureté d’une époque, le début des années 60, d’une condition, celle des femmes forcées aux pires roueries pour tirer leur épingle du jeu dans un monde dominé par les hommes, chroniquant l’ouverture de plus en plus abyssale du fossé générationnel, annonciatrice des changements sociaux à venir.

Toutes ces femmes, en apparence si différentes et entretenant entre elles des sentiments complexes d’amour-haine-jalousie, vont pourtant finir, grâce à ce huis-clos forcé, par parvenir à se comprendre, dépasser leurs inimitiés et voir ce qui les rassemble et comprendre dans leur chair le sens du mot sororité.

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Chacun des personnages a droit aussi à son moment chanté, ce qui peut parfois déstabiliser quand on ne s’y attend pas, ils ne sont d’ailleurs pas tous très réussis. Certains m’ont amusé, d’autres gêné, d’autres enfin m’ont littéralement tiré les larmes. Les chansons choisies font partie du répertoire de la chanson populaire française des années 40 à je dirais à la louche à peu près 80 donc susceptibles d’être connues par le public. C’est pourquoi, même si ce sont les interprétations des actrices qui les font exister, j’ai eu envie de parler de ce film.

Il a été vraiment dur de choisir celle dont je voulais parler : celle de Danielle Darrieux lors du final me fait toujours chialer, comme celle de Firmine Richard mais j’y trouvais un peu moins de matière à article. Ma décision était arrêtée depuis pas mal de temps sur celle de Fanny Ardant (“À quoi sert de vivre libre” de Nicoletta) mais, en revoyant le film, j’ai changé d’avis face à celle de Catherine Deneuve, “Toi jamais”, chantée à la base par Sylvie Vartan.

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Dans cette scène, Catherine Deneuve, alias Gaby, l’épouse de feu Marcel, se retrouve seule dans le salon avec Fanny Ardant, alias Pierrette, la soeur du même feu Marcel, alors que les autres sont parties tenter l’escalade du portail toujours bloqué par la neige. Toutes les révélations révoltantes de la journée les ont laissées toutes deux hébétées, humiliées, épuisées et tristes. Cependant, même si elles se soupçonnent toujours mutuellement d’être la meurtrière, elles finissent par se laisser aller à la confiance et à la confidence.

Gaby révèle qu’elle s’apprêtait à quitter son mari, Pierrette que c’est la découverte de sa bisexualité qui l’a aidée à se laver du mal que les hommes lui ont fait par le passé. Gaby chante avec les mots de Sylvie Vartan que les hommes ne sont pas parfaits, voir sont des gros cons mais que bon, faut bien leur pardonner et faire avec ce qu’on a, parce qu’ils vont pas changer (oui, le genre humain dans son ensemble ne sort pas grandi de ce film). Le tout en jouant sensuellement avec un châle en fourrure, sous le regard rapidement empli de désir de Pierrette.

Parlons-en, de ce regard… J’ai toujours trouvé Fanny Ardant belle et troublante mais alors dans ce film, elle est ouaaah…

 

CE REGARD NON MAIS CE REGARD !!!

Hum.

Pardon.

La sensualité et la tension sexuelle de cette scène est absolument dingue et le premier contact physique entre elles la fait exploser comme une allumette mise à feu dans une cuisine saturée de gaz. Sous le prétexte (pratique) de lui coller une mandale à la suite d’une nouvelle révélation moche, Pierrette entraîne Gaby à terre et… ce qui devait arriver arrive, elles finissent par s’embrasser, à se rouler par terre en entremêlant leurs jambes et dégrafant leurs robes. Et se font surprendre bien évidemment par les autres qu’elles ignorent jusqu’à ce qu’une toux discrète ne les tire de leur occupation. Elles se relèveront alors en assurant “que ce n’est pas du tout ce que vous croyez !”

Ce qui vaudra à Isabelle Huppert cette réplique d’anthologie : “Ah mais on ne croit rien ! On voit !”

La résolution finale du mystère de l’assassinat de Marcel surgira peu après et prendra tout le monde, le spectateur compris, de court. Si vous ne l’avez pas vu, je ne dis rien.

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Et à la fin de ce film, bien loin de se sentir nostalgique face à ces jolies robes et ces beaux intérieurs bourgeois, on se dit que, quand même, la société a changé en bien sur certaines choses et qu’il vaudrait mieux, pour notre bien à toutes et tous, qu’on essaye de ne pas y revenir… Contentons-nous de continuer à y trouver matière à bonnes histoires.

 

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